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2016-08-18_13h56_05

Image Google Map

Il y avait d’abord cette vielle baraque bourgeoise, rue St-Hélier, à Rennes, près du pont qui surplombe la ligne de chemin de fer. Pour les connaisseurs c’était la maison squattée, magnifique au demeurant, surtout quand les lierres superbes lui avaient fait un manteau des plus romantiques. Jadis une seule maison pour sans doute une seule famille, depuis sa vente un squatte de luxe, et après ? Je ne m’en souciai pas, elle était là, tout simplement, j’aimais la voir, observer son évolution à mesure des saisons. Allez savoir pourquoi, j’ai toujours adoré voir la nature reprendre ses droits, j’ai toujours été fasciné par ces constructions de l’homme qui, une fois abandonnées par lui, se voient absorbées par la végétation, la terre, plus rapidement qu’on ne peut l’imaginer même.

Aucune bâtisse ne saurait résister aux souffles des vents, qui déposent des graines de vie un peu partout, des graines qui germent à partir de rien, qui poussent les pierres, descellent les moellons, laissant plus de place à des insectes bouffeurs de bois, jusqu’à ce qu’arrive ce point d’équilibre où le bâti se confond presque avec la nature, juste avant qu’il ne tombe et s’enfonce.

J’ai appris récemment que des logements modernes seraient  alors je m’y suis rendu fissa, pour la voir une dernière fois. Elle n’était déjà plus là. Heureusement Google Maps m’a permis de retrouver des images de la maison du bas de la Rue St-Hélier.

Un petit cadeau m’attendait malgré tout sur place. La maison d’à côté, qui jusqu’ici m’était totalement inconnue, était ouverte à tous les vents, entourée de quelques grilles annonçant aussi de prochaines travaux de démolition. C’était une autre maison bourgeoise. J’y suis entré pour plonger dans l’ambiance particulière d’une maison qui va sous très peu de temps être rasée. Je ne saurais dire si elle en avait conscience, mais la sérénité des lieux m’a donné le sentiment que chacun avait accepté cette disparition prochaine. Dans chacune des pièces je trouvai des bouts de vie, des peintures sur les murs, un parquet superbe. Je n’avais pas besoin de fermer les yeux pour imaginer la vie qui avait dû inonder jadis ces espaces superbes, pour un peu j’entendais presque des cris d’enfants jouant à cache-cache. L’escalier magnifique ne grinça même pas lorsque j’entrepris de le gravir. Je ne me souciait pas de tomber sur une âme, je savais la maison vide, depuis peu toutefois à en croire les assiettes restant dans les placards de la cuisine. Sans doute des voisins m’avaient-ils vus entrer après avoir franchis les grilles, en tous cas personne ne vint déranger ma visite.

Je me serais bien vu rénover cette demeure et en faire notre maison familiale. J’ai arpenté les lieux encore un peu, pris des photos. J’ai hésité à prendre un truc, un bout de corniche, une des briques remises à jour dans ce qui avait dû être le salon, mais je n’en ai rien fait. J’avais les photos.

La semaine suivante il n’y avait plus rien déjà. Ça m’a fait drôle.