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Normalement j’ai tout fait comme il le fallait. Les choses indispensables pour l’équipe et les affaires, quelques délégations de signature, deux calages de rendez-vous vous pour mon retour, l’extinction de la box à l’appartement, un dernier câlin à ma Gibson, un dernier café à l’italienne, une dernière douche bien chaude, une dernière vérification du sac, la photo de mes enfants avec moi, ma plume et des cartouches et des stylos jet 7 au cas où, les batteries du GX7,  le pliage de l’écran du laptop, une vérification du poids du sac à dos (c’est bien 12 kgs).
Puis est arrivé le moment où il faut y aller, où il n’y a rien d’autre à faire que de poser le sac sur le dos et de marcher jusqu’à la gare.
D’autres marcheurs s’y rendent aussi au vu des valises qu’ils traînent derrière eux, le son agaçant des roulettes sur le pavé. Sur ma gauche les vitrines reflétaient une silhouette un peu massive, encore un peu plus avec le barda du voyage.
J’ai toujours aimé partir en ne mettant que des essentiels dans mon sac. J’y prends autant de plaisir que lorsqu’au primaire je commençais une nouvelle page pour écrire. Le summum du plaisir étant la deuxième page de droite d’un nouveau cahier relié. La c’était du pur bonheur. C’était l’époque où l’encre était encore bleue, les titres soulignés en rouge, et le sentiment que cette nouvelle page allait bénéficier de toute l’expérience des autres cahiers remplis avant lui. Je m’efforcais presque de finir vite le précédent. Les pages au début immaculées et fines avaient au fil des semaines comme gonflés, on aurait dit que le cahier tout entier s’était alourdi de dizaines de grammes d’encre, comme s’il avait traversé bien des épreuves et en ressortait plus épais, plus lourd, plus sur.
Démarrer un nouveau cahier c’était conserver tout ce que j’avais appris avec son grand frère, je pensais que tout ce qui avait été écrit avant ou presque pouvais se voir, se toucher, se deviner dès les premières mètres posées sur le nouveau.
Partir c’est commencer un nouveau cahier pour moi. Ça me fait un peu la même chose.
Je ne sais pas encore ce que je vais écrire pensant ces jours loin de la France, mais je sais que j’amène avec moi beaucoup de bonnes choses, et quelques moins bonnes que je vais aller évacuer, laisser non pas là bas mais mettre loin de moi.

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