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Sih était satisfait, il ne fallait jamais perdre espoir. L’enseignement de son oncle lui restait toujours à l’esprit dès qu’un petit doute arrivait.

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Sih, ne désespère jamais de ne pas avoir ce que tu veux, si la récolte de riz n’est pas bonne cette année dis toi que c’est parce que les rizières ont besoin de repos. C’est pareil pour ton corps,  le bateau, et tout ce qui te sert à vivre.

Depuis quelques jours les touristes se faisaient plus rares, la fin de saison qui approche annonçait une concurrence plus rude, la guerre des prix était déclarée entre tous ceux qui vivaient de l’activité touristique. On remplissait moins, tuck-tuck,, jonques ou taxis, on risquait même de ne pas faire de client si on maintenait ses prétentions en terme de prix ou de nombre minimum de touristes à prendre pour une course.

Sih, comme la plupart des autres patrons de bateau, pouvait se permettre plusieurs jours sans clients, il vivait chichement, peu de besoins nécessitait aussi peu de moyens. Mais ce qui lui manquait le plus lorsqu’il n’avait pas de clients était la sortie avec sa femme sur le Mékong. Ça c’était du pur bonheur. Conduire la jonque, tranquillement, le nez au vent, loin de la chaleur étouffante de Luang Prabang, loin des touristes. Tout ce qu’il possédait était sur le bateau, il n’avait rien d’autre, besoin de rien d’autre non plus. Seul comptait l’instant et cet instant là était précieux.

Lorsqu’il était enfant les journées où il n’allait pas à l’école étaient consacrées à attendre de monter sur le bateau de son oncle pour un nouveau voyage de quelques heures. Il trompait son impatience en jouant avec les autres mômes de la rue, et tâchait de ne jamais s’éloigner trop loin du promontoire où se postait son oncle pour ne pas rater l’appel.
C’etait sur cette large terrasse en bois, juste au dessus du Mekong, qu’il concluait ses affaires avec les touristes voulant voir les grottes ou des Laos qui avaient besoin de faire transporter des choses sur son bateau. Alors son oncle émettait ce sifflement court et puissant que Sih reconnaissait entre tous, ce qui lui faisait lever la tête vers son oncle, qui confirmait d’un geste de la main le départ immédiat. Lorsque l’affaire était conclue, la plupart du temps avec un touriste, il fallait partir, ne pas le faire attendre, et parfois se contenter de quelques uns seulement, quitte à partir avec de nombreuses places vides, plutôt que de rester sur le quai.
Les premières fois son cœur battait si fort qu’il lui était même arrivé de perdre connaissance. Les heures qui suivaient étaient superbes, Sih était seul avec son oncle, chef en second plénipotentiaire adoré de tous. Allez savoir pourquoi, les gamins étaient tous adorés par les blancs.

Sih avait été confié très jeune à son oncle. Lui possédait une affaire, il avait hérité d’un peu de biens à la suite du décès de ses parents, ce qui lui avait permis d’acheter une jonque longue de près de quarante mètres, animée d’un puissant moteur diesel de trois cent chevaux.

Sih en avait hérité après le décès de son oncle l’année dernière, désormais il était, à 26 ans, le patron de la jonque 149, numéro attribué par le gouverneur de la province de Luang Prabang.

Et il en était fier de son bateau.

Partir sur le Mékong était un ravissement sans cesse renouvelé, mais consommer du carburant et user des heures moteur pour son propre plaisir était un luxe que Sih n’avait pas les moyens de s’offrir.

Dès qu’il avait tapé la main avec les deux clients qui étaient en train de discuter avec son cousin il s’était empressé de faire signe à Boa, sa femme, comme son oncle le faisait avec lui bien des années plus tôt. Elle avait alors rassemblé ses affaires et précédé les deux hommes dans le bateau. Ils voulaient aller aux grottes, un endroit où il n’y a pas grand chose à voir mais qui attirait les touristes. Deux heures de trajet aller, avec deux petites pauses, une première pour le village où on pouvait acheter de l’alcool de riz et des tissus fais par des villageois, et une seconde pour déjeuner dans un restaurant sur l’eau, et enfin trois quarts d’heure pour le retour ( le courant était favorable ). Il connaissait le fleuve par cœur, chacun de ses recoins, le moindre des endroits où le courant était le plus fort, savait où étaient les fonds les plus dangereux lorsque le fleuve était à son plus bas niveau.

Les deux hommes ( des français, il avait reconnu la langue ) avaient l’air d’être sympathiques. Ils avaient chacun un sac à dos léger et un appareil photo porté en bandoulière.

Boa s’affairait dans les pièces de vie, le bateau était aussi leur maison.

Il fit coulisser le toit intermédiaire pour permettre aux deux hommes de monter plus facilement et s’assit aux commandes. Le moteur diesel se mit en marche.

Il dégagea le bateau par l’arrière, en prenant soin de l’écarter des autres bateaux, à l’aide d’un longue tige de bambou, puis, lorsqu’il fut bien dans l’axe il poussa la poignée de commande de

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